En octobre 2025, Caroline Flory-Célini et Lya Porto, respectivement membre du Conseil SAM et chargée de projet Savoir Prendre Soin +, ont présenté les résultats de recherche et l’approche d’éducation populaire du projet Savoir prendre soin+ au Congrès Brésilien en Agroécologie (CBA).
Santé et agroécologie : une perspective holistique pour des communautés durables
En octobre 2025, le 13e Congrès Brésilien d’Agroécologie (CBA) a mis en avant une approche holistique de la santé, dépassant la vision biomédicale pour l’inscrire dans les dimensions sociales, environnementales et culturelles des territoires.
Le Système Unique de Santé du Brésil : un modèle communautaire
Le Système Unique de Santé du Brésil était au cerne des plusieurs discussions, en considérant son approche basé sur l’universalité et l’équité, et sa politique d’intégration des pratiques traditionnelles (phytothérapie, acupuncture) et savoirs autochtones. L’agroécologie y joue un rôle croissant via l’alimentation saine, la souveraineté alimentaire et les « Farmácias Vivas ». Malgré ses avancées, il reste confronté à des défis : sous-financement, inégalités territoriales et manque d’infrastructures en zones rurales.

La Tente de Santé : un espace de soin interculturel et décolonial
Lors du CBA, la Tente de Santé, de Soin et de Guérison Mães Filinha et Ciana a incarné une approche interculturelle et décoloniale de la santé. Inspirée par les figures ancestrales de Mãe Filinha et Mãe Ciana, cette initiative a offert un espace de soin intégral mêlant spiritualité, médecine populaire et agroécologie.
Les activités organisées dans la tente, telles que les cercles de dialogue, les ateliers pratiques et les rituels, ont permis de tisser des liens entre les dimensions physique, émotionnelle, environnementale et politique du soin. Ce lieu a également mis en avant l’importance des savoirs populaires et des pratiques traditionnelles, tout en soulignant que la santé est indissociable de la justice sociale et de la durabilité des territoires.

L’agroécologie : un levier pour la santé collective
Les discussions du congrès ont révélé que la santé ne dépend pas uniquement de l’accès aux services biomédicaux, mais aussi de facteurs tels que la qualité de l’alimentation, la souveraineté alimentaire, le rapport au territoire et les savoirs traditionnels. L’agroécologie, en tant que pratique agricole et mouvement social, offre des solutions concrètes pour réduire les inégalités, renforcer l’autonomie alimentaire et préserver la biodiversité.
Des initiatives comme les potagers communautaires, les systèmes alimentaires locaux et les « pharmacies vivantes » illustrent comment l’agroécologie peut devenir un véritable outil de soin. En favorisant la transmission intergénérationnelle des savoirs populaires, notamment sur les plantes médicinales, elle contribue à l’autonomie sanitaire des communautés, en particulier dans les zones rurales ou isolées.
La recherche-action participative féminine : un processus de soin et de guérison
Le congrès a également mis en avant la recherche-action participative féminine comme une démarche de soin collectif. Cette approche, portée par des femmes issues de communautés autochtones, noires et traditionnelles, valorise les récits incarnés, les mémoires et les savoirs locaux. Elle propose une recherche collaborative, éthique et respectueuse des territoires et des temporalités.
Cette méthodologie sensible appelle à une transformation des institutions académiques, souvent perçues comme des lieux de violence épistémique. Elle invite à reconnaître les savoirs non conventionnels et à investir dans des processus de recherche décoloniale, qui favorisent la justice sociale et épistémique.
Vers une santé collective et durable
Le CBA 2025 a démontré que la santé est un processus collectif, façonné par le territoire, la biodiversité, les pratiques sociales et les relations de genre. L’agroécologie, en tant que discipline transversale, offre des solutions pour repenser les politiques publiques, valoriser les savoirs locaux et renforcer l’autonomie des communautés.
En intégrant les pratiques biomédicales, traditionnelles et communautaires, le SUS pourrait devenir un modèle de santé agroécologique, garantissant un accès universel et équitable à la santé. Cette perspective ouvre des horizons pour une santé collective, ancrée dans les territoires, écologiquement soutenable et socialement juste.
Le Congrès Brésilien d’Agroécologie 2025 a ainsi marqué une étape importante dans la réflexion sur la santé et l’agroécologie, en proposant une vision holistique et inclusive pour un avenir plus durable et équitable
Pour plus en détails sur l’expérience et les apprentissages
Deux rapports d’expérience ont été rédigés :
Rapport d’expérience_13e Congresso Brasileiro de Agroecologia.pdf
Met en lumière les vécues et les ressentis au sein d’un congrès qui articule les savoirs scientifiques, expérienciels et populaires.
Rapport Santé et Agroécologie_CBA2025
Explore plus spécifiquement le lien entre l’agroécologie et la santé. Bien que la présentation ait eu lieu dans cette thématique, la mobilisation des savoirs sur la santé et l’agroécologie se présente aussi sur d’autres formes d’apprentissage, culturelles et ancrées dans l’expérience.